l'univers seria
Nous vous proposons des extraits, du multimédia (des bandes-annonces de nos parutions, des bandes originales en forme de compilations musicales, tout cela sur notre chaîne YouTube : la lanterne magique). Des liens hypertextes, pour enrichir vos lectures et procurer même si possible une impression de 3d, une petite touche de réalisme.
Des romans, autant dire des histoires qui nous parlent, des personnages que l’on pourrait connaître. Des récits contraints aux ambiguïtés, aux singularités, qui nous poussent un peu en dehors de notre quotidien, nous obligent à ne pas rester simple lecteur indifférent. Quelques centaines de pages ; un univers à part entière à chaque nouvelle fois.
Notre tout premier roman édité [MARS 2024] :
Un enfant et sa mère. Jean et Ghislaine.
Nous vous proposons de découvrir quelques-uns des personnages de ce roman, grâce à deux extraits sélectionnés par l’auteur…
Ouverture de la galerie de portraits avec Jean, l’enfant qui a donné sa langue au chat, et puis dans un second temps, c’est Ghislaine que L. EIVALLIN vous présentera dans un second extrait.
contenu étendu n°1 : les notes de
l' auteur
contenu étendu n°2 : la bande Originale
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ma langue au chat, des extraits :
Jean, l’enfant qui a donné sa langue au chat…
« Jean, je m’appelle Jean. »
C’est ainsi que l’enfant a coutume de se présenter lorsqu’il rencontre une personne pour la première fois et qu’il désire — « daigne », préciserait sa mère — communiquer.
C’est ainsi qu’il rappelle volontiers aux autres tout autant qu’à lui-même son existence :
« Je suis là, signifie-t-il maladroitement, attention à moi, ne m’étouffez pas… »
Peut-être se sait-il trop fragile, un peu étranger aux êtres humains. Il flaire partout et tout le temps le danger d’être au monde. Instinctivement, tout jeune, il a comme pris conscience de ses tares, il a senti intuitivement ce qu’avait formulé intelligiblement Nietzsche dans ses Fragments : « Ce qui est fort s’ouvre passage, voilà la règle ; si seulement ce n’était pas si souvent ce qui est sot et méchant ! »
Alors il avance à reculons dans sa vie, le plus silencieusement possible pour ne pas s’attirer la présence des autres, les semblables… Jean n’est pas médiocre, mais un peu chétif.
Il n’est pas indécis, aboulique, mais impuissant au Monde. Il n’est pas veule, mais pétri de conscience ; il n’est pas faible, mais doux et désarmé. Il n’est pas déficient, mais réservé et pudique. Il n’est surtout pas attardé, il prend simplement son temps.
Jean est encore moins idiot, il est visiblement bon.
Tout dans son comportement laisse à penser qu’il sait qu’il ne pourra remporter le Struggle for life, que d’autres que lui sont nés pour ça, qu’ils se chargeront avec la hargne et la mauvaise grâce nécessaires de veiller à la survie de l’espèce humaine, qu’ils ont la denture adéquate, eux… Et lui n’a que trop gardé ses dents de lait. Alors il attend avec douceur et sans rancune d’être happé par la vie, digéré par le quotidien des « mieux adaptés », dissous dans la médiocrité ambiante. Pour preuve, ce large sourire qui ne le lâche pas tant que « les autres » veulent bien l’oublier.
Jean va sur ses dix ans. Il est longiligne avec des genoux qui rentrent légèrement vers l’intérieur — « les genoux qui louchent » comme répète sa mère —, car il aurait, paraît-il, des problèmes de croissance. Jean a des cheveux fins et noirs qui lui tombent sur le front et des yeux sincères et curieux, qu’il cache souvent, voilant son regard de ses deux mains, quand l’angoisse du monde et de ses règles incompréhensibles se font trop fortes en lui. Jean est très timide. Il ne parle que peu. Il lui arrive fréquemment de rester silencieux une journée, une semaine, parfois même tout un mois. Comme s’il avait définitivement donné sa langue au chat…
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
Ghislaine et sa vie de faïence en chute libre.
« Mais il finira par avoir ma peau ce sale marmot ! »
Ghislaine a trente-sept ans et c’est sa phrase préférée. Son fils, Jean, l’exaspère depuis sa naissance.
C’est un gosse à problèmes qui ne lui a rapporté que des soucis :
« Comme si j’avais pas déjà assez d’emmerdes ! »
Ghislaine songe souvent à la liposuccion ; elle se sent mal dans sa peau. Elle a de longue date décidé qu’elle n’oubliera jamais la trahison du père de Jean, « le géniteur » comme elle l’appelle. C’est une précision très significative à son goût, à laquelle elle tient beaucoup. Tout le monde assurément doit payer pour son désarroi, sa vie de faïence en chute libre. Elle n’est pas vraiment vicieuse, elle est surtout malheureuse. Rien n’est assez bon pour se venger et tout devient instrument de méchanceté vindicative entre ses mains. « Les autres » sont responsables de son naufrage, c’est plus simple. Elle n’est en échec que parce qu’elle doit subir les problèmes et la médiocrité « des autres », à commencer par celle de son propre fils, cette parodie de descendance… Encore un raté à mettre à l’actif du géniteur :
« Même pas capable de me faire un rejeton complet dans sa tête ! Aussi crétin que son père celui-là ! Y a pas à dire, tel père tel fils d’abruti ! »
Il est le fils d’un crétin : Jean ne saura ni n’apprendra jamais rien d’autre sur son père. « Tel père tel fils d’abruti », répète sa mère. Voilà tout ce qui le rattache à son géniteur : le salaud, la lopette, l’idiot-bête, car idiot tout seul pour Ghislaine, ce n’est pas suffisamment péjoratif. Voilà tout le matériel symbolique que la mère accorde au fils, pour qu’il se jette dans l’esquisse d’une image pieuse de dieu le père. Il semble bien impossible dans ces conditions de se construire une représentation paternelle, icône vénérable, qui faciliterait la vie. Il devient délicat de grandir au milieu des semblables quand on n’a rien d’autre pour s’épanouir et croître que des racines rabougries. Quel comportement adopter puisque le mâle est défaillant, qui affronter, qui admirer ? Comment l’inventer, l’imaginer pour le singer ? Car il faut composer avec toute cette médiocrité révélée, épiphanie douloureuse d’un évangile contrarié qui n’annoncerait que de mauvaises nouvelles. Jusqu’à quel point Jean peut-il ignorer les opinions infamantes de sa mère, pour réussir malgré tout à élaborer le portrait flatteur et convaincant d’un père immense et fort, gravure idéalisée si pratique pour pallier l’absence, si constructive pour un petit être qui intrinsèquement, a soif de repères et d’identification, pour un petit homme qui, assurément, se cherche un modèle ? Jean est totalement lié à cette femme qui se sent encore mère porteuse bien des années après la parturition. Il est une charge, un poids mort et elle le lui fait savoir. Toute sa vie d’enfant dépend de sa bonne volonté à elle. Il faut qu’il ne le perde jamais de vue…
« Si j’avais fait comme ton crétin de connard de père, hein ? Tu serais à l’Assistance publique aujourd’hui ! Tout seul tu entends, tout seul ! Oui, tout seul tu entends dis ? Plus de questions maintenant, boucle-la ! »
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
Si ce premier roman de L. EIVALLIN vous tente, il vous suffit de cliquer sur l’un des boutons proposés pour l’acheter sur la boutique de votre choix (Amazon seulement pour le moment), au format qui vous convient : dématérialisé si vous ne jurez que par les liseuses (ou votre téléphone ou encore une tablette…) ou version broché si vous aimez aussi le livre comme objet (et pourquoi pas les deux d’ailleurs ?). Quel que soit votre choix, Les Éditions OLB vous remercient et vous souhaitent une très, très bonne lecture.
DAME NATURE, Un roman de L. EIVALLIN [JUILLET 2024] :
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Une galerie de portraits haute en couleur...
Alban est un misanthrope qui vit seul dans un petit appartement au quatrième sans ascenseur et qui ne connaît que ses partenaires de 4-21 du bar de quartier pour toute société. Michel, un tout jeune homme de seize ans qui n’a pas son pareil pour raconter des histoires incroyables ; un fabulateur qui se prétend orphelin. Célestine Anne-Laure de Breuil Comtesse d’Adelphes-Riquet, est une irrésistible trentenaire issue de la plus haute noblesse française.
Elle doute, conteste la métaphysique de son existence, remettant sa caste et son intégration sociale en cause. Ces trois singuliers êtres humains vont finir par démarrer une valse bancroche à trois temps, grisante et frénétique qui leur fera tourner les têtes et le cœur. Une succession d’aventures rocambolesques qui vont les voir vivre et aimer au milieu de décors sans cesse changeants, vivre et aimer pour mieux donner leur propre vision du monde. Une galerie de portraits d’êtres originaux, mais mortels.
dame nature, des extraits :
« Je m’appelle Michel. J’ai seize ans. Je suis orphelin. Je vous passe les violons de l’aide sociale à l’enfance et l’histoire banale de mon adoption : je suis un orphelin comme un autre…
« Mon père, qui n’est pas mon géniteur, mon père — puisque c’est bien comme cela qu’on m’a dit de l’appeler — est un grand homme d’affaires. Il est toujours à droite et à gauche. Il voyage beaucoup. Il connaît plein de pays dans le monde. L’Afrique, l’Australie, pour lui, c’est la banlieue. Il a son propre jet privé et il vole de good deals en conquêtes féminines tout le long de ce qu’il nomme sa success-story. C’est un battant, un top businessman. Les triomphes et la prospérité, c’est naturel pour lui. Ma mère, qui n’est pas celle qui m’a porté, ma mère — puisque c’est ainsi qu’il faut l’appeler — c’est encore un vrai canon. Tout le temps en robe de soirée, à baigner dans la jet-society et puis les cocktails mondains, à recevoir des amis de la haute… Enfin, surtout ceux de son époux, je veux dire mon père…
« J’habite une grande demeure. Même que c’est presque un château. Au début, je veux dire quand je suis arrivé, rien que pour aller aux toilettes, fallait que je prenne des repères sinon je me perdais. Mais plus maintenant, car j’ai l’habitude. Aujourd’hui, ça me fait ni chaud ni froid. Toutes ces pièces dans ce qui est devenu mon chez-moi ne m’impressionnent plus. On se blase de tout. Avec le temps, je m’y suis fait. Je me suis vite transformé en un authentique petit bourge. Mais croyez pas pour ça que j’ai rogné mes origines ! Ah ça non alors ! Mais c’est vrai qu’avoir une famille, ça change… D’abord, ça veut dire avoir un père, une mère, un oncle, des grands-parents, c’est aussi avoir plein de cadeaux pour Noël et son anniversaire, même quand c’est juste pour votre fête ! Des cadeaux juste pour une fête ! Y a bien que les riches pour avoir des idées pareilles ! C’est vrai que quand on est riche, on ne compte pas, on peut se permettre pas mal de choses, même ridicules… D’ailleurs, des jouets, j’en ai plein ma chambre. Dès qu’il y a une nouveauté, dans les deux semaines, on me l’offre. C’est très utile d’avoir une mère qui ne peut pas avoir d’enfants naturellement. Elle ne peut rien vous refuser, quand enfin elle en tient un qu’est bien à elle. En plus, elle n’a pas eu besoin de taper dans la réserve des mômes bradés des pays pauvres[i],[ii]. Avec moi, elle n’a même pas dû se cogner un petit jaune[iii] comme elle dirait, ou un Guatémaltèque[iv]. Elle avait un bon petit Français bien de chez eux. Heureusement, parce que je ne sais pas comment père aurait accepté un gosse malgache[v] dans son antre du luxe, ni comment ses compères de la haute l’auraient pris ? Bref, elle ne peut rien me refuser… C’est un des avantages d’être orphelin ou placé. Enfin quand on tombe bien. Parce que j’ai des amis, d’avant, à l’époque de l’ASE[vi], ils ne sont pas bien tombés justement. Et alors là, faut t’attendre à en baver. Le pire, c’est que t’as même plus les copains pour faire cache-pot à la misère, partager la zone… Et pourtant l’ASE, tu peux me croire, parfois, c’est pas le Club Med[vii]…
« Mon père me répète tout le temps que plus tard je serai chirurgien, pilote de ligne ou avocat. Moi, je veux bien : il paraît que ça paye bien. Cool ! Comme ça, tu peux être fringué dans des sapes branchées et là t’es top. Y a pas à dire, être bien habillé, dans la vie, ça aide : ça ouvre des portes. Enfin, quand j’arrive à sortir, à m’arracher de chez moi. Questions virées, mes parents, ils sont super stricts et ça par contre, c’est pas top du tout. Mais dès que je peux, quand je parviens à échapper à leur surveillance, alors j’assure trop…
« Quoi ? Comment ça mes fringues ? Ouais, non, mais là je suis habillé en gavroche post-moderne, parce que je suis là incognito… Je me fais une petite sortie, je fais du mimétisme. Je suis là en vrai pour un essai d’intégration vers le bas. Je cherche à me confondre avec le peuple… Tu me crois pas ? I don’t care man…
« Tu veux que je te dise, c’est vrai que je suis orphelin, mais en fait, je bosse dans un cirque depuis l’âge de quatre ans. On fait le tour du monde avec des pleins camions d’animaux bizarres, des comme t’en as jamais vu. L’Europe, je la connais comme ma poche. J’ai des amis partout, même aux Amériques, au pays de Coca et de McDo. Là-bas, tout est plus démesuré : les buildings, les trucks, les freeways et les cimetières aussi, comme en Normandie. J’ai adoré me produire à Varsovie cette année, avec le Grand Cirque de Pékin. Une première. En plus, j’étais clown étoile. Bordel, la standing-ovation qu’ils m’ont faite ! J’ai cru un moment que le chapiteau n’allait pas résister. Moi, sur le dos d’un cheval au galop, d’un dromadaire faisant des pointes, d’un éléphant bougon en colère, d’un lama en plein sirtaki, je suis comme chez moi… Vous pensez si je suis apprécié au cirque. Y en a pas deux comme moi…
« Quoi ?
« Pas vrai ? Vous êtes têtu vous. Et pourquoi cela ne serait pas vrai d’abord ? C’est vrai que je suis orphelin… J’ai personne, alors je m’invente des parents, une famille ; et des morts. Parce qu’avoir une famille c’est aussi avoir des morts à pleurer, des souvenirs de bons vieillards depuis longtemps trépassés, c’est avoir des regrets doux en repensant à la grand-mère attentionnée qui s’est fait ratatiner par la vie évidemment. Souvent, je vais me pavaner au Père-Lachaise. Je traîne ma carcasse dans les allées, je passe en revue les divisions, je lézarde un peu et puis je dis un p’tit bonjour à Balzac et à sa copine, je salue Musset, j’offre un clin d’œil à Colette. Et puis je choisis des tombes quand les noms me plaisent, quand ça sonne bien, que les pierres soient chouettes ou pas. Mais je ne retiens pas les morts qui sont connus : y a trop de monde pour eux. Pour certains, c’est une véritable procession de fous furieux ! Le Père-Lachaise, c’est un cimetière qu’a son côté pile et son côté face. Côté pile, c’est la foule qui se fout de tout, qu’est là sans trop savoir pourquoi, comme ces touristes qui débarquent, parce que lâchés dans le quartier par leurs bus et leurs guides, c’est les étrangers et les provinciaux qui viennent là, comme dans un parc quelconque, et puis c’est aussi tous ceux qui sont là pour siffler une canette ou fumer des trucs qui sentent fort sur la tombe d’un chanteur célèbre… Personne sait d’ailleurs jamais où elle est, et on se demande des fois si ça serait pas une mystification pour jeunes crétins de mon âge… Heureusement que les marchands de souvenirs sont là, avec leurs tee-shirts et leurs plans de l’Old Man comme je l’appelle mon cimetière… Tout est bon pour s’en foutre plein les poches… Mais y a aussi le côté face, celui que j’aime. Moi, lorsque je vais au Père-Lachaise, je viens voir des hommes qui dorment peut-être, qui tombent depuis déjà longtemps en poussière, OK, mais déjà beaucoup moins quand je les salue, que je leur dis un petit quelque chose… Ça les secoue, ça les tire un moment de leur torpeur, c’est sûr… Dans les coins où y a jamais personne, où les racines des arbres bien vivants, encore pleins de sève eux, jouent avec les tombes des corps morts et souvent oubliés, c’est là que je me sens le plus à mon aise… Oui, je choisis jamais les morts qui sont connus, pour eux, y a trop de monde… Ils sont trop loin de moi aussi, faut dire, c’est vrai… Je préfère ceux qui sont visiblement délaissés, les tombes qui croulent des concessions à l’abandon, des morts qui sont des laissés-pour-compte. Alors je leur apporte des fleurs que j’ai volées et je leur raconte des histoires, comment je serai célèbre un jour, plus tard, quand je serai grand et vieux et que je viendrai quand même toujours les voir… J’aime bien les cimetières : c’est plein de gens comme moi, souvent ils n’ont plus personne. Eux et moi, on n’est pas du même sang, mais ça n’a pas d’importance. Je suis bien placé pour vous le dire, mes parents ils ont beau avoir le même sang que moi, ils ont tout de même fini par tailler la route… Alors les conneries du genre les liens du sang, ça me fait marrer… Pour sûr, eux et moi on n’est pas du même sang, mais ce qui nous rattache, c’est la solitude. La solitude, ça nous connaît. Peut-être même que réellement dans un de ces parcs à tombes, il y a des membres de ma vraie famille allongés quelque part en rang d’oignons ? Si c’est le cas, je suis sûr que c’est une de ces immenses stèles en marbre noir, le plus vaste caveau, et ils sont d’origine russe, des enfants des tzars et moi je suis leur petit émigré inconnu, perdu, fils des survivants de la grande révolution, celle qui devait changer le monde…
« Vous voyez monsieur, je ne fais pas de mal. Je m’invente des amis, une famille, une mère surtout, douce, du genre qui ne vous largue pas en route… Je me fais des films et dedans, c’est moi la vedette, l’acteur principal. Des fois, j’y crois tellement que je serais prêt à me signer des autographes quand je me retourne sur moi-même dans la rue, comme au passage d’une grande star en balade dans Paname. Je m’invente des voyages fun et puis un passé, des racines quoi…
« Quand je serai malade, voire mourant, je m’inventerai la santé et quand je ne serai plus, je continuerai à me croire réel. Je serai toujours vivant. La mort je la connais bien. C’est elle qui comme la petite souris est venue m’arracher quelque chose un soir où je dormais. Et sous l’oreiller, j’ai juste trouvé mon titre d’orphelin. Pas cool… La vérité mec ? Oh non, pas la vérité ! C’est tout ridé la vérité, acide et triste. C’est plus easy listning une belle histoire. Je suis fabulateur d’après les psychologues. C’est joli non ? Fabulateur… Ça signifie que je raconte des fables, que je me fais des films. Fabulateur, c’est quand même plus beau qu’orphelin ou enfant placé. Orphelin, ça ne veut rien dire… Ou plutôt si, ça veut dire sans rien. La vérité mec est moche comme une vieille femme édentée qui vous parlerait de trop prêt… Pas top du tout. Ça manque de fun, ça suinte la vérité.
« La vérité mec, la vérité c’est que j’me suis barré du foyer. J’ai taillé la route et ça fait deux jours que j’ai rien mangé… Eh ! mec, t’aurais pas une petite pièce ? »
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
Richard est un grand garçon aux yeux noisette qui va sur ses huit ans. Il s’amuse tranquillement dans la rue avec ses copains du quartier.
Quelques maisons plus loin de l’aire de jeu improvisée, un poids lourd en stationnement attire soudain son attention. C’est un gros camion de déménagement et des hommes tout en muscle comme le veut la légende, chargent des tonnes de cartons, de volumineuses caisses et évidemment des meubles de toutes tailles.
Richard connaît bien les habitants de cette maison qui se vide et plus particulièrement leur fille, Virginie. Ses propres parents demeurent presque en face de chez elle… Tout ce va-et-vient précipité lui paraît fort étonnant : Virginie n’a jamais évoqué avec lui qu’elle allait quitter le quartier… Et Virginie, c’est sa confidente et lui est son seul véritable ami ; elle le lui a dit !
Mais l’événement cesse vite de tracasser l’enfant et, sur l’insistance de ses partenaires de jeu, il reprend sa partie de football là où il l’avait interrompue quelques instants plus tôt.
Quatre heures.
Richard rentre à la hâte chez lui avec son frère Benjamin collé à ses basques. Ils sont aussi affamés l’un que l’autre, alors sur ordre de leur mère, ils se lavent rapidement les mains pour pouvoir se précipiter à table dans la cuisine où les attendent les sucreries tant espérées. Richard prend garde à bien cacher ses genoux un peu écorchés, pour éviter les réprimandes de sa mère.
Tout en dévorant un énorme pain au chocolat, il lui fait part de ses observations, au sujet du camion garé devant chez les parents de Virginie. La maman également s’en étonne et elle presse son fils pour obtenir plus de détails — pour le plus vif plaisir du garçon qui se trouve de manière assez inattendue, subitement très important, assez grand tout d’un coup pour que sa conversation intéresse un adulte ! Sa mère semble vraiment très intriguée :
« C’est bizarre… Je ne comprends pas pourquoi Odile ne m’a rien dit ? Je l’ai croisée encore avant-hier au marché… »
Dès qu’il a le ventre bien plein, Richard s’empresse de retourner dans la rue. Ses compagnons de jeu ne sont plus là ; il n’y a plus personne. C’est alors qu’il voit s’approcher Virginie. Elle a les yeux rouges, et ses cheveux habituellement si soignés, sont tout en bataille ! Elle vient sûrement de pleurer longuement.
Ils s’assoient l’un près de l’autre sur le trottoir, les pieds dans le caniveau.
Richard questionne son amie.
Virginie ne répond rien. Une grosse larme soudain glisse sur son visage. Aussitôt, Richard lui demande bien vite pardon, fort maladroitement, mais très sincèrement — des excuses d’enfant — puis il passe un bras autour de son cou pour la réconforter. Enfin, entre deux sanglots, Virginie s’explique. Elle se confie :
« Je pars tout à l’heure, bientôt.
— Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ! Je suis pas ton ami ? On s’était promis de tout se dire…
— Ma mère m’a demandé de me taire, fallait pas que j’en parle avant le jour du déménagement, sinon je prenais une rouste. Tu sais, moi aussi je ne suis pas au courant depuis longtemps… »
Au début, Richard a cru que Virginie était triste uniquement parce qu’elle devait quitter sa maison et ses amis — et lui aussi, peut-être un peu… —, mais soudain, il réalise qu’il y a autre chose qui provoque ces larmes, une raison plus grave et obscure. Il essaie de faire parler sa copine, mais Virginie n’en a plus envie, ou peut-être n’en a-t-elle plus la force. Elle répète seulement plusieurs fois que lorsqu’elle partira avec sa mère, il ne restera plus rien, mais plus rien du tout dans la maison. Voyant son amie si chagrinée, Richard abandonne toutes les questions qui lui brûlent les lèvres, qui s’agitent dans sa tête et lui donnent le vertige comme un tourniquet qui irait bien trop vite sur lui-même. Il se sent mal à l’aise comme quand il ne dit pas la vérité et que quelque part en lui, il sait que son mensonge est bien trop gros pour échapper à l’œil perçant de l’instinct maternel.
Il tente de consoler sa Virginie avec ses mots à lui :
« Dès que tu es installée, tu m’écris et j’irai tout de suite te voir. »
Elle l’embrasse sur la joue, affectueusement, et lui répond vaguement qu’elle ne sait pas quand ils se reverront.
Mais les aiguilles ont si vite couru sur la montre Minnie Mousse de Virginie ! Les yeux empressés de la souris n’ont cessé de battre la mesure des secondes d’un tic-tac taquin de gauche et de droite et vice versa !
Il faut déjà se dire au revoir !
Richard rentre chez lui en traînant les pieds. Il grimpe les marches de l’escalier quatre à quatre pour aller cacher tout son chagrin dans sa chambre d’enfant.
Il se jette sur son lit et se met à pleurer comme une fille ; c’est ce qu’affirmerait son petit frère, Éric, s’il le surprenait ainsi.
À cet âge, rien que des larmes de crocodile dit-on… Mais Richard ne le sait pas lui, il pleure, c’est tout. Un gros chagrin d’amour : « Il est amoureux, il est amoureux ! » avait si souvent clamé Éric à ses dépens, le voyant presque toujours fourré dans les jupes de Virginie.
Dans la cuisine, Richard dîne en silence avec ses parents et son frère. Il a le cœur tout barbouillé, comme après la tasse à la piscine avec l’école, quand il se mesure à des camarades plus costauds que lui et que sa lutte vaine se termine la bouche grande ouverte et la tête sous l’eau chlorée…
À la fin du repas, son père se lève, attrape le sac à ordures de la cuisine, fermé et posé sur le carrelage au pied de l’évier.
« Je vais mettre ça dans la poubelle avant de la sortir dans la rue. Les éboueurs passent bien demain ?
— Oui chéri, répond la maman. »
Quand le chef de famille revient, les autres membres du foyer lisent l’étonnement sur son visage. Aussitôt franchi le seuil de la porte d’entrée, il interroge sa femme : est-elle bien certaine de son histoire de déménagement, à propos du départ d’Odile, parce que la voiture de Christian, son mari, est toujours là ?
La maman de Richard confirme, malgré un trouble naissant :
« Ils ont peut-être oublié quelque chose ? C’est tout de même bizarre… »
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
Le tout dernier roman de L. EIVALLIN vient de paraître : L'homo-logue [septembre 2024]
Une galerie de portraits haute en couleur...
Jean-Pierre est un cadre trois fois supérieur né au 20ième siècle. C’est un dominant, élu comme tel par la sélection naturelle.
Un être sain, un animal puissant qui depuis deux mois vomit en se levant, avant d’aller travailler. Jean-Pierre est un mâle alpha qui se considérait comme un chef-d’œuvre de l’évolution de l’Homo sapiens et pourtant, aujourd’hui, il constate tous les jours qu’il est entré de plain-pied dans un lent processus de désintégration de sa personnalité forte, au profit de l’être chétif qu’il abrite inconsciemment depuis toujours en lui.
Dans son entreprise, Claude — un ami de longue date devenu récemment son supérieur hiérarchique —, organise une autre désintégration : celle de l’espace socioprofessionnel de Jean-Pierre ; une véritable castration symbolique de l’ancien dominant. Jean-Pierre n’est plus l’Homologue, l’Homo sapiens de même valeur.
Sa vie privée aussi se dégrade et prend même une très mauvaise tournure avec sa partenaire sexuelle, Jeanne.
Alors le mâle alpha expérimente le doute et la perception intérieure douloureuse du soi, qui boite, soudainement souffreteux.
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l'homo-logue, des extraits :
PREMIÈRE PARTIE : L’AURORE
Chapitre 2 : De la compétition I [compétition maximale entre individus]
Jean-Pierre est sur son lieu de travail, il vient de saluer de loin son collègue et ami Claude, un camarade de longue date. Claude l’a totalement ignoré, ne lui a pas rendu son bonjour, a fait mine de ne pas le voir. Claude et Jean-Pierre sont tous deux professionnellement parlant des exemples de réussites au sens courant du terme. Ils font partie des dominants dans leur entreprise, mais aussi, et d’une manière plus générale, dans la société dans laquelle ils évoluent. Il faut croire que cet environnement leur convient et que de ce fait, ils se trouvent dans la situation d’organismes multicellulaires ayant des prédispositions à la survie. Ils sont catégoriquement du côté des plus aptes[i]. Jean-Pierre et Claude sont deux individus qui subsistent dans une nation capitaliste, européenne, à prétention démocratique, la France pour se montrer précis. Deux êtres qui tout au long de leur existence se sont adaptés lentement mais sûrement, afin de pouvoir faire leur place au sein de leur société. Avec succès, ils ont atteint cet état de développement ultime, plus communément dénommé âge adulte ; juste avant la dégénérescence. L’âge adulte ne signifie rien d’autre que la maturité sexuelle de l’animal désigné et non toute autre forme de réalisation qualitative.
Jean-Pierre et Claude sont des cadres dits supérieurs, ils assument des fonctions impliquant de prétendues importantes responsabilités. Comme si la maman seule avec deux enfants, famille monoparentale selon le jargon de l’INSEE[ii], avec ses mille euros de revenus mensuels n’en avait pas et pas qu’un peu des responsabilités… Je m’adresse directement à tous les directeurs du Monde, essayez donc chers arrogants diplômés, de gérer un temps partiel au SMIC[iii] avec de jeunes bouches d’amour à nourrir. Vous verrez, c’est autre chose en matière de gestion, d’administration, vous verrez si vous pouvez en fin de mois épargner sagement et investir intelligemment…
Jean-Pierre et Claude sont donc parvenus à s’élever de manière efficiente jusqu’à des postes très enviés par les autres membres de leur même entreprise. Beaucoup de leurs semblables moins adaptés ou n’ayant pas été favorisés par de quelconques hasards, n’ont pas de telles situations professionnelles et pour eux, l’environnement se révèle moins hospitalier, phénomène d’autant plus criant dans une société ultralibérale décomplexée, où la compétition économique est l’axiome premier et non la coopération entre les individus et les communautés.
Jean-Pierre est bien conscient de tout cela, de sa place dans la stratification française, des avantages qu’il a su accumuler jusqu’à devenir une manifestation physique prépondérante, un être sélectionné par ses deux environnements ; respectivement naturel et social. Il n’avait jamais vraiment pensé jusque-là que le fait était peut-être dû à la chance, à ce que les humains entre eux appellent la bonne fortune. Selon lui, il s’était toujours agi du résultat probant tout à la fois de son travail, de sa propre volonté, de sa forte personnalité et de son intelligence supérieure : donc de son patrimoine génétique évolué par rapport à nombre de ses semblables. Pour Jean-Pierre, il fallait évidemment avant tout parler de réussite et non de hasards favorables. Mais en ce jour où le ciel de Jean-Pierre (qui n’est rien d’autre que la face visible et concevable de l’Univers ramené à deux dimensions) se charge de nuages (ce qui n’a rien de poétique puisqu’il ne s’agit finalement que de vulgaires formations de vapeur d’eau excédentaire, condensées en gouttelettes), il se sent moins maître d’œuvre que simple particule perdue dans une masse informe aux règles qui le dépassent. Je repense fréquemment à ces deux araignées, dans son terrarium, celles-là mêmes qui hier soir enfin ont fini par s’entre-dévorer. Il en oublie son dossier, il lève la tête, observe son bureau qui n’a plus rien à voir avec celui vaste et de caractère qu’il occupait auparavant, avant ce qu’il appelle la débâcle.
Une véritable obsession cette lutte, cette compétition maximale, inéluctable sacrifice des parties pour la survie du Tout. Une obsession idéative peut-être, une idée fixe qui s’impose, impossibilité radicale d’y échapper, la volonté reste sans force et l’esprit subit, subit… Et un jour, le corps répond aux attentes, dans le sang. Le sentiment formulé de s’être mal comporté, le sentiment de culpabilité qui étreint douloureusement la conscience de Jean-Pierre.
« Pourquoi se rendre malade avec cette bêtise, cette lubie qui m’a pris ces jours derniers ? »
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
SECONDE PARTIE : LE ZÉNITH [CULMINATION SUPÉRIEURE]
Chapitre 2 : De la séduction chez les hominidés
Trois ans maintenant que Jean-Pierre et Jeanne se sont connus. Ils se sont rencontrés dans un cocktail mondain organisé par l’entreprise d’ingénierie patrimoniale de Jean-Pierre. Des centaines d’invités et dans cette masse grouillante et informe, Jeanne : une femelle à niveau d’études très élevé, un animal cultivé à fort pouvoir d’achat, appartenant aux classes supérieures de la société française libérale aux ors républicains et aux prétentions démocratiques, version représentative, donc intrinsèquement défectueuse. Deux individus de rang social identique. Ils se sont donc vus et, selon leurs propres mots, ils se sont plu. Ils ont même plaisanté sur leurs prénoms, se trouvant déjà de fait un point commun : Jean-Pierre et Jeanne ; parfaitement niais, mais efficace…
Ils se sont plu. Ils se sont séduits : ils ont usé de comportements de séduction pour attirer vers eux, chacun à leur façon, le partenaire choisi. Il y eut les premiers dîners en tête à tête, pour se découvrir, s’appréhender psychologiquement, et tout ceci n’est rien d’autre que préparatifs en vue de l’accouplement. Ces deux individus sont les produits d’une génétique, d’une culture, de coutumes majoritairement partagées et d’une mentalité quasi phénotypique globalement de leur société humaine. Jean-Pierre a offert des présents à Jeanne et le fait n’est pas extraordinaire, car l’offrande nuptiale est comportement commun ; l’éthologie au secours de notre lucidité, apprendre sur soi en allant au plus loin de l’humain, en apparence, en apparence seulement. Jean-Pierre et Jeanne ont même dansé ensemble et là encore, le libre arbitre de ces animaux ne semble pas participer de ce choix, car la danse prénuptiale est une méthode de rapprochement entre les sexes très courante. Jean-Pierre et Jeanne ont dansé, tels deux albatros le bec tendu vers le ciel, les ailes grandes ouvertes. Ensuite, il y eut les repas dits en amoureux, les premiers baisers de petits gouramis embrasseurs. C’est un signe que le couple est formé et tout à la fois, un mode d’excitation afin de s’en venir rapidement vers la pénétration. Les premiers baisers annoncent presque immanquablement le début des relations sexuelles. Les rituels de séduction ont pour objectif premier de connaître les intentions de l’autre, de vérifier la bienveillance à son égard, à l’égard de l’éventuel partenaire… Et puis il faut émoustiller ce même partenaire pour parvenir à ses fins : se mettre en valeur, ce qui revient à faire la roue du paon. Autre grande tradition, celle de la déclaration : les mâles et femelles se déclarent indistinctement dans la société humaine de Jean-Pierre et de Jeanne ; le rôle n’est plus réservé culturellement à l’un des deux sexes. Ils font des phrases plus ou moins emphatiques et naïves, plus ou moins insipides avec des métaphores plus ou moins éculées, pour tenter de communiquer ce qu’ils pensent être un sentiment métaphysique rare et qui n’est pourtant que le produit d’une génétique et d’une culture.
Des unités du discours, composées de plusieurs mots, de propositions — générées de manière plus ou moins aléatoire et réussie — par les individus afin de signifier à l’autre le besoin de sexualité.
La phraséologie amoureuse est un mode de déclaration utilisé par une majorité d’hommes. Jeanne aurait tout aussi bien pu lever la jambe et la poser sur l’épaule d’un Jean-Pierre agenouillé, pour exprimer la même chose, comme le font avec joliesse les Soudanaises après les danses d’amour[i], pour désigner le mâle élu, et l’on peut affirmer que ce comportement est tout aussi esthétique, voire moins surfait et grimacier que le mode de déclaration par blabla amoureux.
Jeanne avait donc vu Jean-Pierre et cette bonne femelle pingouin, avait trouvé son mâle bien gras à souhait, riche de potentiels évidents.
(*) Extrait non contractuel, à la discrétion de l’auteur.
nos dernières parutions
Soyez les premiers à suivre l’avènement d’un modeste héros du quotidien, dur à cuire et séducteur bien malgré lui, auquel vous aurez bien du mal à ne pas vous attacher.
Prologue aux aventures de Romain Ajar : une rencontre imprévue, une intrigue complexe, mature et sombre qui déroulera lentement mais sûrement ses lacets de soie autour de votre cou. Des cadavres comme autant de petits cailloux funestes, vous menant coûte que coûte au pied de la bête, autant de pièces de puzzle, casse-tête violent reconstituant dans le sang des victimes, la carte d’identité de la mort qui frappe alentours.
Un quartier populaire d’une ville de France et des voisins et voisines aux aguets : Mais que fait donc le semblable de l’autre côté du rideau de la fenêtre ?
Un enfant et sa mère. Jean et Ghislaine.
Quel secret terrible Jean cache-t-il en se murant dans le silence ? Que pourrait-il bien arriver de singulier à ces deux humains communs dans ce modeste quartier d’une ville moyenne de France ? Et tous ces chats, simples éléments du décor ?
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Jean-Pierre est un dominant, élu comme tel par la sélection naturelle.
Cependant, tout semble aller de travers dans son existence, aussi bien au travail qu’avec sa compagne, la magnifique Jeanne… Alors il contemple de trop près la splendeur morbide du cycle de l’azote : la circulation de la matière. La chair si précieuse, pourtant, simple assemblage d’atomes recyclables, rien d’autre. Comme le corps de son patron, de Jeanne, de tous les individus d’une humanité dont il s’éloigne irrémédiablement. Lui le dominant harcelé, éreinté, dépressif, au bord du gouffre ; pour finalement mieux retrouver sa lucidité.
Une réflexion d’une lucidité lumineuse et crue sur les rapports de force entre les hommes, dans les entreprises, dans les couples, jusque dans leurs lits, mais aussi et surtout dans l’histoire de l’humanité.
Un récit puissant, douloureux, qui vous poussera dans vos derniers retranchements, chahutera vos certitudes pour enfanter possiblement un frappant bouleversement en forme de renversement anthropologique des valeurs.
Un livre dont on ne ressort assurément pas indemne.
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Un conte mature et puissant, d’une ampleur insoupçonnée, qui trace petit à petit des courbes de niveau croissantes et peut se lire et se comprendre à différentes altitudes. Au sommet, dans la froidure extrême, au cœur d’un silence à court d’oxygène, plane telle une menace ancestrale, une monstrueuse métaphore bicéphale, métaphysique et politique en tête-à-tête, avec leurs deux longs cous déplumés entrelacés.
Pour toutes celles et tous ceux qui pensent que la magie ferait du bien au monde prosaïque dans lequel nous vivons, que le rêve n’est pas une simple mécanique réservée au dormeur ou à l’étude psychanalytique, que l’imagination a toute sa place dans nos cœurs et dans nos têtes, L. R. R. LIVL livre un univers fantasy unique et de qualité. Du style et une histoire qui ne cesse de grandir, comme les personnages qui la parcourent, qui finissent par déployer des ailes que l’on n’aurait jamais soupçonnées au début du récit.
Vous n’oublierez jamais Sémène, Loti, leurs compagnons de route, ni les Terres Fermes.
À paraître
Émeline est étudiante en histoire de l’art. C’est une jeune femme au caractère trempé dans l’acier, d’une formidable complexité, à l’indéfectible fidélité.
Sa meilleure amie, Hyacinthe, ne dirait pas le contraire, elle qui se sait élue sa sœur de cœur. Émeline cultive une relation définitivement conflictuelle avec le matérialisme, jusque dans son assiette, car la nourriture souvent, n’est qu’un nouvel ennemi. Émeline doit tout contrôler, tout, même ce qui rentre dans le corps, par la bouche. Elle se veut éthérée, abandonnée entièrement aux commandements de son idéalisme métaphysique.
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L’histoire d’une vie d’homme, en quelques centaines de pages trop rapidement tournées ; volti subito.
Un jeune homme excessif qui veut tout, qui ne peut supporter la médiocrité qu’il ressent palpiter dans sa propre chair, qui se révolte du plus profond de son âme pour ne pas écouter les élancements trop normaux du cerveau qui commande le retour à la vie, au quotidien, qui exige de passer à un autre amour, comme on échangerait vulgairement sans sourciller son propre cœur contre une prothèse artificielle alimentée par une pile à combustible.
Affronter l’anesthésie générale de l’existence à force de refuser la défaite ordinaire. Se jeter de plein gré dans la tombe, accepter les ténèbres dans les veines, la pierre froide de sa sépulture éteignant tout espoir.
Mourir en grâce et renaître ; traverser les enfers pour goûter enfin les bonheurs que peut offrir fortuitement, la vie.
Naître, vivre et souffrir, souffrir encore et mourir. Mais dans l’intervalle, l’inattendu, l’amour, les proches, les rires des enfants, les repas de famille, le vin de l’amitié, autant de niaiseries couleur arc-en-ciel qui font une vie.
Le tout premier roman de L. EIVALLIN, alors encore tout jeune homme.
La suite des aventures de Romain Ajar, dur à cuire malgré lui, toujours aussi malmené…
Malmené par des intrigues qui n’en finissent pas de resserrer leur fatale étreinte autour de notre détective du quotidien.
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Dans La Collection Seria :
Anaisthêsía ma dilecta
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Loti, l’Exil et le Royaume (Le cycle des saisons, Tome 2)
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